Ce 2 décembre à l’hôtel d’agglomération de Cergy-Pontoise, le SIAO du Val d’Oise a organisé la Coordination Territoriale Semestrielle sur la thématique des violences conjugales en lien avec l’hébergement. En présence de nombreux acteurs engagés dans la lutte contre les violences faites aux femmes, l’objectif de cette matinée était double : présenter les besoins spécifiques inhérents à l’accompagnement de ce public pour ensuite échanger autour des mécanismes permettant de sécuriser le parcours de sortie des violences.
Une problématique complexe, un accompagnement multidimensionnel
Accompagner une femme victime de violences conjugales, de sa prise en charge à la sécurisation de son parcours de sortie des violences, est un processus long et complexe. Pour répondre aux multiples enjeux soulevés par l’accompagnement de ce public, un réseau s’est progressivement constitué dans le Val d’Oise et a évolué pour s’adapter aux besoins des personnes, à la diversité des situations ainsi qu’aux changements législatifs.
Le repérage
Le repérage est le premier travail dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Si la libération de la parole permet à des personnes concernées d’oser parler, il en subsiste un certain nombre qui n’évoqueront jamais ces violences. D’autant plus qu’il s’agit d’un fait qui dépasse l’appartenance sociale des personnes. Le repérage repose alors sur la posture que les professionnels adoptent afin de recueillir la parole des victimes. Cette posture d’ouverture est déterminante pour répondre à la diversité des situations et des profils concernés par une situation de violence conjugale.
Répondre à l’urgence par une prise en charge rapide
Le département du Val d’Oise bénéficie de deux protocoles permettant de prendre en charge rapidement une femme victime de violences afin de la mettre à l’abri en hôtel social. Le premier est le protocole entre l’Etat, le SIAO, le Conseil Départemental, le CIDFF et les LEAO (Aurore, Mon Ame-sœur, Apui – Les villageoises) afin d’assurer la prise en charge à l’hôtel des femmes se présentant chez l’un des partenaires signataires du protocole, avec un accompagnement social qui démarre en parallèle pour évaluer la situation et proposer une suite à la mise à l’abri. Le second, le Pack Nouveau Départ, est un protocole de coordination qui permet d’accélérer les démarches administratives et de bénéficier d’un pécule afin d’éviter que ces femmes, faute de ressources, ne retournent auprès de leur conjoint violent. Ces deux protocoles, offrant une prise en charge d’urgence, témoignent de la vitalité des acteurs luttant contre les violences sexistes et sexuelles sur le département.
Les mineurs et la reproduction des violences
Parmi les publics mis à l’abri par le SIAO, 54% des ménages sont des familles monoparentales, avec 232 mineurs. Accompagner ce public induit donc souvent un travail avec les enfants, reconnus victimes dans le cadre de violences conjugales depuis 2022. Le Val d’Oise compte un centre novateur pour leur accompagnement. Porté par l’association Mon âme-sœur, cet espace propose des ateliers gratuits visant leur reconstruction psychique. L’intérêt de cette prise en charge est triple : se reconstruire psychologiquement, briser le cycle des violences et prévenir leur reproduction à l’âge adulte. Un rôle de prévention également assuré par la Gendarmerie Nationale par le biais de la Maison de Protection des Familles (MPF), créée dans le cadre du Grenelle des violences conjugales de 2019. Cette unité propose des interventions dans les écoles sur la question des violences en général, avec une intervention spécifique pour les classes de 3ème sur les violences sexistes et sexuelles.
L’accompagnement juridique
Aux différentes facettes précitées de l’accompagnement s’ajoute la dimension juridique. Une situation de violence s’accompagne de démarches administratives et juridiques pour lesquelles les victimes doivent être soutenues. Que ce soit sur la partie pénale ou civile, elles se retrouvent engagées dans des procédures juridiques complexes. Le CIDFF propose un accompagnement afin de les informer, les orienter. Les acteurs mettent en place des stratégies afin de minimiser les répercussions dans la vie quotidienne de la victime. Ce travail, en lien avec une intervenante d’action sociale et une psychologue, donne à voir la multiplicité des réponses à apporter aux FVV pour sécuriser leur parcours.
Le parcours de sortie des violences conjugales étant marqué par des ruptures, l’accompagnement repose sur une temporalité flexible, capable de s’ajuster aux ruptures et aux besoins des femmes se présentant dans un lieu qui leur est dédié (LEAO, permanence CIDFF, MPF, etc.).
La sécurisation du parcours de sortie des violences
Une fois les femmes victimes de violences repérées et prises en charge par les acteurs du département, l’un des enjeux majeurs est de proposer les conditions (matérielles, psychologiques, etc..) permettant la sécurisation du parcours de sortie des violences.
Afin de permettre la sécurisation de ces parcours, il existe deux axes de travail, que nous considérons complémentaires :
✔️ l’insertion sociale, professionnelle, par le logement de la victime afin qu’elle puisse se reconstruire après être sortie des violences.
✔️ la prévention et la lutte contre la récidive des auteurs ce qui, in fine, contribue à favoriser la non-reproduction de ces violences à long terme.
Le développement d’une offre spécifique sur le territoire
Afin d’offrir un parcours jusqu’à un logement de droit commun, une offre dédiée aux FVV s’est développée sur le Val d’Oise. Celle-ci est répartie comme suit :
Les places se concentrent sur le parc d’hébergement avec 216 places gérés par différents partenaires et 30 places (pour 10 logements) en ALT gérées par l’association APUI – Les Villageoises. Qualitativement, la diversité de l’offre d’hébergement permet de répondre à la multiplicité des profils. Cependant, en volumétrie, elle reste insuffisante pour répondre à l’ensemble des besoins si l’on tient compte des 312 personnes stabilisées à l’hôtel à la suite de violences conjugales. De plus, l’accès au dispositif ALT FVV ou à un logement de droit commun est conditionné à une situation administrative régulière, ce qui exclut une partie du public accompagné par les acteurs de 1er accueil ou mis à l’abri en hôtel social suite à des violences conjugales.
Plusieurs acteurs sont mobilisés sur la question de l’accès au logement de droit commun. Le bailleur Val d’Oise Habitat (VOH) gère un contingent de logements faisant l’objet de partenariats avec le Conseil Départemental et des associations spécialisées pour le relogement des femmes victimes de violences. Le travail avec la Mission Logement du SIAO a également permis le relogement de 25 ménages sortants de structures d’hébergement en 2025. Enfin, les bailleurs sociaux sont confrontés à des situations de violences conjugales parmi leurs locataires. VOH a mis en place une équipe de six conseillères sociales travaillant sur les situations d’urgence avec la possibilité pour la victime de décohabiter afin de quitter le conjoint violent.
La prise en charge des auteurs comme contribution à la sécurisation du parcours de sortie des violences
Pour sécuriser le parcours de sortie des violences conjugales des victimes, des dispositifs d’accompagnement des auteurs existent à la fois en pré-sentenciel et en post-sentenciel. Ceux-ci poursuivent trois grands objectifs : proposer un cadre convenant et sécurisant pour déconstruire les comportements violents ; accompagner les personnes vers une autonomie citoyenne dans leur relation aux autres en leur faisant prendre conscience de l’acte délictuel ; stabiliser la situation socio professionnelle de la personne par un accompagnement global et individualisé pour une insertion pérenne.
1- Les stages
Plusieurs stages sont proposés, et ce, pour différents publics. Ils visent la non-reproduction des violences des Personnes Sous Main de Justice (PPSMJ) ou la prévention de celles-ci auprès de volontaires et de personnes orientées par des partenaires. Ils sont composés selon 4 axes :
✔️ juridique : Le cadre légal, la notion d’égalité H/F, les conséquences judiciaires pour les auteurs de violences ;
✔️social : Les représentations de genres, le sexisme ;
✔️ compréhension de la violence : les cycles de la violence et les conséquences pour les victimes directes, indirectes et collatérales ;
✔️ sanitaire et éducatif : gestion des conflits, des émotions, communication non violente.
2- L’hébergement
Si l’éviction du conjoint violent est un objectif de la lutte contre les violences faites aux femmes, ce sont souvent les victimes qui se voient contraintes de quitter le domicile conjugal. Dans les cas où l’auteur quitte le foyer, les risques qu’il enfreigne cette mesure d’éloignement sont augmentés s’il n’a pas de solution alternative pour se loger. Cela fait peser la menace d’un retour de l’auteur au domicile conjugal. L’association ESPERER 95 compte deux places d’hébergement en CHU pour les auteurs de violences conjugales. Il existe également 14 places dédiées aux PPSMJ en CHRS qui peuvent être attribuées à des auteurs de violences conjugales, mais qui ne leur sont pas exclusivement réservées. Le développement de places d’hébergement à destination des auteurs permettrait aux victimes de pouvoir retourner à leur domicile sans crainte. C’est un point essentiel pour favoriser la réinsertion des victimes qui peuvent s’appuyer sur des ressources familiales ou amicales, conserver la même école ou mode de garde pour les enfants. Cependant, l’éloignement du conjoint violent n’est pas la solution idoine à toutes les situations. L’essentiel est de pouvoir apporter des réponses variées pour faciliter la réinsertion des victimes et des auteurs afin de prévenir d’autres violences.
Toutes ces actions témoignent d’un engagement fort envers ce public dans le département. Cependant, ils subsistent des freins à leur insertion, auxquels les politiques publiques tentent de répondre. A cette fin, une circulaire, publiée le 25 novembre 2025, fixe des objectifs pour la prise en charge des femmes victimes de violences conjugales ou intrafamiliales. Plusieurs objectifs sont poursuivis :
✔️ l’harmonisation des pratiques par l’élaboration d’un schéma de prise en charge dans l’hébergement et le relogement des femmes victimes de violences conjugales ou intrafamiliales ;
✔️ une coordination régionale inter-SIAO pour faciliter l’éloignement de la victime ;
✔️ veiller à ce que les places dédiées soient corrélées à un accompagnement adapté aux besoins des victimes, avec une attention particulière aux enfants ;
✔️ renforcer l’accès à un logement pérenne, notamment via leur labellisation comme public prioritaire.
Nous concluons cette synthèse de la Coordination Territoriale Semestrielle en remerciant toutes les équipes du SIAO ayant œuvré à l’organisation de cette matinée.
Nous remercions tout particulièrement les personnes qui sont intervenues, à savoir :
✔️ Mme GABEL de la DDETS 95 ;
✔️ Mme BIORET d’Aurore ;
✔️ Mmes VIALLE et DEGRÉ du CIDFF 95 ;
✔️ Mme GOUJART-DELAMBRE de Mon Ame-Sœur ;
✔️ Mme GUILLET de la Gendarmerie Nationale ;
✔️ Mme MORIENNE d’ESPERER 95 ;
✔️ Mme GALBOURDIN d’Apui – Les Villageoises ;
✔️ Mme GUÉRIN du Conseil Départemental ;
✔️ Mme DULAUROY de Val d’Oise Habitat ;
✔️ Mme ROCHDI, de la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise.
