Le 18 juin 2026, le SIAO a organisé un forum sur les jeunes en situation de précarité. 4 thématiques étaient traitées sur cette journée : insertion professionnelle ; accompagnement social ; santé et hébergement-logement, lors d’ateliers réunissant professionnels de l’action sociale et médico-sociale du Val-d’Oise.
L’article ci-dessous est une restitution des ateliers sur chacun des 4 axes.
INSERTION PROFESSIONNELLE ET PAR LE LOGEMENT
Des ressources souvent insuffisantes ou mal reconnues pour accéder au logement
La faiblesse et l’irrégularité des ressources constituent un premier frein important dans l’accès au logement. Les emplois précaires ou allocations, comme le Contrat d’engagement jeune (CEJ), ne sont pas considérés comme des situations suffisamment stables pour permettre l’accès à un logement. Par ailleurs, les redevances en FJT ou en résidences jeunes actifs peuvent rester trop élevées au regard des ressources de certains jeunes. Les données SIAO vont d’ailleurs en ce sens. Parmi les personnes entre 18 et 25 ans ayant fait une nouvelle demande en 2025, 61 % disposent de ressources, dont 39 % issues du travail, mais le montant reste faible, avec 667 € en moyenne. Sur 628 places « jeune” (FJT, RJT, RJA) à orientation du SIAO, le prix moyen est de 485 €, représentant un taux d’effort conséquent. On dénombrait 450 ménages (692 personnes) respectant les critères d’admission sur ce contingent (droit au séjour + ressources salariales) toujours en demande au 31/12/2025.
Plusieurs pistes ont été évoquées :
- Assouplir les conditions d’accès aux ressources et aux droits sociaux pour les jeunes, notamment autour du RSA ;
- Mieux valoriser certains statuts ou formes d’engagement, comme le service civique ;
- Augmenter l’offre de places en de CHRS et, plus largement, en structures d’hébergement ou de logement adapté spécifiques aux jeunes.
Des ruptures administratives et institutionnelles qui fragilisent les parcours
Au-delà du niveau de ressources, plusieurs difficultés tiennent au fonctionnement même des dispositifs. Les jeunes scolarisés, par exemple, ne peuvent pas être accompagnés par une mission locale. Cette situation peut provoquer des ruptures d’accompagnement ou les priver de certains soutiens en matière d’accès aux droits, d’insertion professionnelle ou de logement. Les changements de statut administratif peuvent également fragiliser les parcours, notamment lors du passage d’un titre de séjour étudiant à un titre salarié ou de la perte d’un titre de séjour. Les échanges ont ainsi mis en évidence un enjeu transversal : éviter que les changements de statut, de dispositif ou de professionnel n’entraînent une rupture dans l’accompagnement du jeune. Les difficultés ne relèvent pas uniquement des dispositifs ou du jeune lui-même. Plusieurs facteurs structurels affectent également la qualité de l’accompagnement : turnover important des professionnels, manque de continuité dans les suivis, besoins de formation renforcés ou professionnels parfois insuffisamment préparés à la complexité des situations rencontrées. Le maintien d’un référent stable et d’une continuité dans le parcours apparaît donc particulièrement important lorsque le jeune doit simultanément gérer des démarches liées à l’emploi, au logement, aux ressources et parfois au séjour.
Un enjeu central : articuler les parcours emploi et logement
Les échanges montrent finalement que les difficultés liées à l’emploi et au logement ne peuvent pas être traitées séparément. L’instabilité professionnelle limite l’accès au logement, tandis que l’absence d’un logement stable peut elle-même freiner l’accès à l’emploi et le maintien dans une activité. L’enjeu est donc de construire des parcours dans lesquels accompagnement professionnel, accès aux droits, ressources et logement sont pensés conjointement.
INSERTION ACCOMPAGNEMENT SOCIAL DES JEUNES : PRINCIPAUX ENSEIGNEMENTS
Qui sont les jeunes précaires ?
Les échanges ont fait émerger la diversité des profils des jeunes précaires accompagnés, autant au niveau de leur caractéristiques sociales, que de leurs besoins en accompagnement. Cette diversité invite à ne pas construire l’accompagnement uniquement à partir de l’âge, mais plutôt en prenant la jeunesse comme un facteur de vulnérabilité auquel “se rattache” d’autres problématiques. C’est, par exemple, un public cumulant ressources faibles et emplois précaires (56,9% des moins de 25 ans ont un emploi précaire en 2021). L’absence de régularisation ou la perte d’un titre de séjour constituent d’autres éléments complexifiant l’accompagnement. Enfin, les professionnels soulignent le besoin de temps pour les jeunes. Or, les jeunes en situation de précarité appellent des réponses sur une temporalité plus immédiate, ce qui peut créer des différences entre leurs attentes des jeunes et les possibilités des professionnels et ainsi fragiliser un accompagnement social.
Des besoins multiples, des attentes diverses
La majorité des participants aux ateliers ont fait ressortir le manque de connaissance des dispositifs que les jeunes pourraient mobiliser, entrainant du non-recours. Les Promeneurs du Net, action portée par la CAF, investissent les réseaux sociaux dans une posture de prévention. Cela permet notamment d’établir un lien avec des jeunes éloignés du droit commun en maintenant une présence de professionnels du social sur les réseaux sociaux.
Enfin, un renforcement de la coordination avec la communauté éducative a été plébiscité. Premièrement, pour renforcer le repérage précoce de situations sociales précaires. Deuxièmement, afin de dispenser des cours sur l’accès aux droits et la gestion d’un budget dès la scolarité. Aujourd’hui largement transmise dans le cadre familial, l’acquisition différenciée de ces compétences contribue à reproduire les inégalités sociales.
Des freins qui peuvent provenir des institutions et des professionnels
Enfin, les échanges ont mis en évidence des obstacles qui ne relèvent pas directement des jeunes eux-mêmes. Les discriminations, mais également certaines représentations professionnelles — jeune perçu comme « peu motivé », « ayant la flemme », etc. — peuvent influencer les modalités d’accompagnement et constituer un frein supplémentaire. Cette réflexion invite ainsi à interroger les pratiques professionnelles autant que les difficultés rencontrées par les jeunes pour ne pas transformer un accompagnement social en un processus normatif.
Prévenir les ruptures et permettre le raccrochage
Pour permettre le raccrochage de jeunes ayant interrompu un accompagnement, plusieurs pistes ont été évoquées :
- Développer des accompagnements plus souples et des modalités d’accueil à bas seuil, permettant au jeune de revenir facilement vers le dispositif ;
- Créer des dispositifs spécifiquement adaptés aux jeunes (ex. un accueil de jour)
- Maintenir la possibilité d’un lien même lorsque le jeune n’est momentanément plus en capacité de s’inscrire dans un accompagnement classique.
Des dispositifs spécifiques nécessaires, mais avec un enjeu de passage vers le droit commun
Si l’adaptation de certaines règles et modalités d’accompagnement apparaît pertinente pour répondre à leurs besoins particuliers, cela peut complexifier le passage vers le droit commun. L’enjeu réside alors moins dans l’opposition entre dispositifs spécifiques et droit commun que dans la capacité à organiser le passage de l’un vers l’autre. Celui-ci suppose notamment une meilleure coordination entre professionnels, une connaissance réciproque des missions de chacun et la création de véritables passerelles entre dispositifs. La question pourrait alors être formulée ainsi : comment sécuriser les transitions pour éviter qu’un changement de dispositif ne constitue une nouvelle rupture dans le parcours du jeune ?
L’idée d’un dispositif inspiré du Pack Nouveau Départ, initialement conçu pour faciliter le parcours des femmes victimes de violences par une ouverture accélérée de leurs droits, a été évoquée. Adapté aux jeunes, un dispositif de ce type pourrait permettre de coordonner les différents acteurs et de sécuriser les périodes de transition, particulièrement propices aux ruptures de parcours.
ACCES A LA SANTE DES JEUNES : PRINCIPAUX ENSEIGNEMENTS
Les difficultés d’accès à la santé des jeunes ne tiennent pas seulement à l’offre de soins, mais également aux difficultés d’orientation et au manque d’articulation entre les secteurs sanitaire, social et médico-social. Dans des parcours souvent marqués par l’instabilité, la capacité des professionnels à se connaître, à communiquer et à intervenir rapidement apparaît déterminante.
Une offre difficile à identifier pour les jeunes comme pour les professionnels
Le manque de connaissance et de lisibilité des dispositifs existants constitue l’un des principaux freins identifiés. La multiplicité des acteurs et des dispositifs complexifie l’orientation et peut laisser certains professionnels isolés ou démunis lorsqu’ils doivent accompagner un jeune vers le soin. Les travailleurs sociaux soulignent l’importance d’identifier, de connaître et d’actualiser leur réseau de partenaires. Des dispositifs territoriaux comme les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), les Conseils locaux de santé mentale (CLSM) ou les Ateliers santé ville constituent des leviers concrets pour créer des liens entre acteurs. Les participants ont par ailleurs souligné l’intérêt de renforcer les liens avec les professionnels de santé libéraux, parfois encore insuffisamment intégrés aux réseaux partenariaux.
Adapter les réponses à la temporalité des jeunes
Les échanges ont particulièrement insisté sur la temporalité propre aux jeunes. Lorsqu’un jeune exprime son accord pour engager une démarche de soin, la possibilité d’obtenir rapidement une réponse est déterminante. Des délais importants peuvent conduire à un abandon de la démarche. Cette problématique est renforcée par le manque de moyens de certains services, notamment les délais d’attente en CMP, qui peuvent conduire à intervenir tardivement, dans une logique davantage curative que préventive. Il faut donc disposer de liens directs entre professionnels pour permettre de mieux saisir ces moments où le jeune est disposé à engager une démarche.
La prévention apparaît comme un enjeu central, particulièrement en matière de santé mentale et de santé sexuelle. Les participants ont notamment interrogé la place de la médecine scolaire, jugée insuffisamment présente, et la possibilité de renforcer son rôle afin de repérer plus précocement certaines difficultés.
Le développement de démarches d’« aller-vers » est également identifié comme un levier majeur. Des équipes mobiles spécialisées ou pluridisciplinaires permettraient d’aller à la rencontre des jeunes qui accèdent difficilement aux structures de soins traditionnelles. Alors que la précarité éloigne de l’accès aux soins, une logique préventive est particulièrement pertinente pour les 18-25 ans.
Donner aux professionnels les moyens de mieux accompagner vers le soin
Les participants soulignent un besoin important de formation des professionnels du social, notamment autour de la santé mentale, afin de mieux repérer les situations, savoir comment agir et orienter vers les interlocuteurs appropriés. Plus largement, les jeunes accompagnés peuvent cumuler différentes problématiques : mobilité importante, diversité des situations culturelles, parcours traumatiques ou difficultés sociales et administratives. Ces situations nécessitent une approche globale des parcours, qui ne dissocierait pas les problématiques sociales des questions de santé.
Plusieurs pistes ont été évoquées pour favoriser cette approche :
- Développer des structures coordonnées réunissant professionnels des secteurs sanitaire, social et médico-social ;
- Renforcer les équipes mobiles et les démarches d’aller-vers ;
- Créer ou identifier des fonctions de référent santé, permettant de suivre et de coordonner le parcours de santé du jeune ;
- Développer la formation des professionnels de l’accompagnement social.
Maintenir une dimension humaine dans l’accès aux soins
La dématérialisation croissante des démarches constitue un obstacle pour certains jeunes et réduit les possibilités d’échange direct entre professionnels. Les participants ont ainsi insisté sur l’intérêt de réhumaniser les parcours. L’accompagnement physique d’un jeune à un rendez-vous peut par exemple sécuriser sa démarche tout en facilitant la relation avec le professionnel de santé. La médiation en santé a également été évoquée comme un moyen de créer du lien entre les jeunes, les professionnels sociaux et le système de soins. Les échanges ont toutefois fait apparaître une interrogation : faut-il créer de nouveaux dispositifs et de nouvelles fonctions, ou renforcer prioritairement les équipes et dispositifs existants afin qu’ils disposent de moyens et de temps supplémentaires ?
Un enjeu central : mieux orienter, mieux coordonner et mieux prévenir
Les deux groupes convergent ainsi vers trois leviers principaux : améliorer l’orientation, renforcer la coordination entre les acteurs et développer la prévention. Cela suppose à la fois de rendre l’offre de santé plus lisible, de consolider les réseaux locaux, de renforcer les compétences et les moyens des professionnels, et de proposer des réponses suffisamment rapides et souples pour s’adapter aux parcours des jeunes. L’objectif est de passer d’une logique dans laquelle le jeune doit naviguer entre différents dispositifs à une logique où les professionnels se coordonnent autour de son parcours, afin de réduire les risques de rupture et de favoriser un accès plus précoce au soin.
ACCES ET MAINTIEN DANS LE LOGEMENT DES JEUNES
Les échanges ont permis de mettre en évidence trois enjeux principaux : les représentations autour de l’accès au logement, les difficultés rencontrées pour y accéder et les conditions nécessaires pour permettre aux jeunes de s’y maintenir. Ils invitent notamment à dépasser une vision linéaire du parcours résidentiel des jeunes et à mieux prendre en compte la diversité de leurs trajectoires.
Des a priori qui complexifient le parcours d’insertion par le logement
La recherche d’un logement a plusieurs fois été présentée comme une « grande quête », avec l’idée d’un objectif qui serait atteint progressivement, étape après étape. Cette représentation suppose un parcours résidentiel relativement ascendant et linéaire : de l’hébergement vers le logement adapté, puis vers le logement autonome. Or, les parcours observés sont souvent plus complexes. Au SIAO, en 2025, 11 % des nouvelles demandes d’insertion concernant les 18-25 ans correspondent ainsi à des réorientations de jeunes qui occupaient déjà une place en logement adapté (Hors DLS), ce qui montre qu’une partie au moins, n’accède pas à du logement de droit commun après avoir occupé une place en logement intermédiaire. Les participants ont également relevé un décalage entre les attentes des jeunes et celles des bailleurs auquel peuvent s’ajouter certaines représentations ou certains préjugés à l’égard de la jeunesse (ex : “trop fêtard”).
Ces constats invitent à penser l’accès au logement non comme l’aboutissement d’un parcours nécessairement linéaire, mais comme un processus pouvant nécessiter plusieurs étapes, des ajustements et parfois la possibilité de revenir temporairement vers une solution plus accompagnée.
Un accès au logement particulièrement difficile
L’accès au logement reste particulièrement complexe pour les jeunes. Cette difficulté a des conséquences sur l’ensemble du secteur de l’hébergement : faute de solutions de sortie, les durées de prise en charge peuvent s’allonger au sein des structures spécialisées, notamment dans les FJT. L’inadéquation entre le profil des jeunes et les logements disponibles constitue également un frein. Les données du SIAO montrent, par ailleurs, que les jeunes ayant une demande de logement social apparaissent particulièrement défavorisés dans l’accès effectif au parc social quand ils sont en concurrence avec d’autres publics. En 2025, 22% des orientations étaient vers du logement social, contre seulement 12% des orientations. C’est le plus faible ratio orientations/admissions sur les nouvelles demandes en 2025. Au-delà de l’offre disponible, les échanges ont également fait ressortir la nécessité de préparer davantage les jeunes à certaines dimensions du « savoir habiter », notamment la gestion d’un budget intégrant le loyer, les charges et les fluides.
Sécuriser le maintien dans le logement
L’accès à un logement ne constitue toutefois qu’une première étape. Les participants ont fortement insisté sur la nécessité de sécuriser le maintien dans le logement, notamment durant les premières années.
Plusieurs leviers ont été évoqués :
- Développer les baux glissants, permettant une transition progressive vers un logement autonome ;
- Maintenir des démarches d’aller-vers et de visites à domicile, y compris après l’entrée dans le logement ;
- Renforcer le maillage partenarial, notamment autour de la santé mentale, dont les difficultés peuvent directement fragiliser le maintien dans un logement.
L’accompagnement après l’accès au logement permet ainsi d’intervenir avant qu’une difficulté ponctuelle ne conduise à une nouvelle rupture résidentielle.
Donner à chaque jeune les outils dont il a réellement besoin
Les causes de non-maintien dans le logement étant multiples, les participants ont également interrogé la manière de préparer les jeunes à l’autonomie, sans toutefois proposer un accompagnement identique à tous. Certaines compétences pourraient faire l’objet d’un socle commun acquis plus tôt, notamment à l’école : compréhension d’un budget, fonctionnement d’un loyer et des charges, démarches administratives ou connaissance des droits liés au logement. L’accompagnement pourrait ensuite être davantage individualisé en fonction des compétences déjà acquises et des difficultés rencontrées par chaque jeune, plutôt que de partir du principe que tous disposent — ou ne disposent pas — des mêmes connaissances.
Penser l’accès au logement avec la possibilité de sécuriser les ruptures
Les échanges montrent finalement que l’accès au logement ne peut pas être considéré comme la fin de l’accompagnement. Les parcours des jeunes peuvent connaître des périodes de fragilité liées à une perte de ressources, un problème de santé, une rupture administrative ou professionnelle. L’enjeu est donc à la fois de faciliter l’accès au logement, et surtout de transmettre les compétences nécessaires à l’autonomie et de conserver des possibilités d’accompagnement et de soutien suffisamment souples pour qu’une difficulté temporaire ne se transforme pas en rupture résidentielle durable.
