Hiérarchie sociale et capacité subjective à se projeter dans l’avenir

Dans son livre “L’avenir confisqué. Inégalités de temps vécu, classes sociales et patrimoine”, le sociologue Nicolas DUVOUX explore les inégalités sociales en intégrant l’expérience subjective des individus et leur capacité à anticiper l’avenir. Interrogé sur la pertinence des critères objectifs pour comprendre les rapports sociaux, Nicolas DUVOUX reconnaît la valeur des indicateurs classiques, tout en soulignant l’importance de données subjectives telles que le rapport à l’école, le sentiment d’insécurité physique et l’expérience des discriminations.

L’auteur met en avant le « statut social subjectif » comme élément clé, intégrant la perception individuelle dans la compréhension des contraintes sociales, de la pauvreté et des inégalités de classe. Il propose d’examiner le patrimoine sous l’angle du sentiment subjectif, soulignant que des politiques comme la taxation du patrimoine se heurtent à des résistances en raison de l’attachement des ménages populaires à la propriété.

Nicolas DUVOUX introduit le concept d’ « insécurité sociale » comme un critère distinct, visant à enrichir l’analyse en croisant les mesures objectives avec l’expérience vécue. Mesurer la pauvreté objective ne suffit pas à saisir le sentiment de pauvreté lié à un fort pessimisme, présent chez des ménages pauvres, mais aussi chez ceux ayant un emploi stable. La mesure du sentiment de maîtrise de sa trajectoire sociale offre une lecture dynamique des inégalités, révélant la conversion des ressources objectives en capacité à anticiper l’avenir.

Quant à l’affirmation selon laquelle les détenteurs de patrimoine confisquent l’avenir des autres, l’auteur explique que les plus favorisés sont mieux à même de maîtriser l’avenir individuel et collectif, suscitant ainsi anxiété et crainte du déclassement parmi les classes moyennes. Il évoque la philanthropie comme une forme de “confiscation” du destin collectif, soulignant la capacité des plus riches à orienter l’action publique.

En analysant les mouvements sociaux tels que les “gilets jaunes” ou les manifestations contre la réforme des retraites, Nicolas DUVOUX met en lumière l’importance du sentiment de projection dans l’avenir. Il constate que des participants se considérant comme pauvres ne correspondent pas tous à cette catégorie monétaire, pointant ainsi la diversité des groupes concernés et leur partage d’un sentiment de déclassement et d’avenir confisqué.

En conclusion, Nicolas DUVOUX suggère que prendre en compte la subjectivité peut ouvrir de nouvelles perspectives pour lutter contre les inégalités sociales. Il propose de faire du sentiment d’insécurité sociale et de l’expérience vécue des critères essentiels dans l’élaboration des politiques publiques, illustrant son propos par des exemples concrets tels que l’irrégularité des versements de prestations sociales.

 

Nicolas DUVOUX est professeur de sociologie à l’Université Paris VIII Vincennes Saint-Denis, chercheur au CRESPPA-LabToP (Laboratoire des théories du politique). Il est également rédacteur en chef de la vie des idées.fr
Parmi ses publications :
✔️ Les oubliés du rêve américain. Philanthropie, Etat et pauvreté urbaine aux Etats-Unis, Paris, PUF, 2015 ;
✔️ Le nouvel âge de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques, Paris, La République des idées/Seuil, 2012 ;
✔️ L’autonomie des assistés. Sociologie des politiques d’insertion, Paris, PUF, 2009.

Il a également dirigé, avec Robert CASTEL, L’avenir de la solidarité, Paris, La vie des idées.fr/Puf, 2013 et co-écrit, avec Serge PAUGAM, La régulation des pauvres, Paris, PUF/Quadrige, 2008 et avec Isabelle ASTIER, La société biographique. Une injonction à vivre dignement, Paris, L’Harmattan/Logiques sociales, 2006.

Hiérarchie sociale et capacité subjective à se projeter dans l’avenir
Retour en haut
Facebook
Twitter
LinkedIn