DOSSIER THÉMATIQUE : Mieux connaître les « gens du voyage »

L’appellation officielle de la législation française « gens du voyage » est une catégorie administrative introduite par la loi du 3 janvier 1969. Elle renvoie à des personnes dont l’habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles installées sur des aires d’accueil ou des terrains prévus à cet effet (art. 1 de la loi n° 2000-614 modifiée relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage), et dont la nationalité est exclusivement française. Abrogé par la loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l’égalité et à la citoyenneté, ce terme reste malgré tout ancré dans notre langage courant et notre imaginaire collectif.

Pourtant, il recouvre des populations de cultures différentes, avec pour traits communs un supposé mode de vie lié au voyage et une très forte stigmatisation.

LES DIFFÉRENTES POPULATIONS
Les appellations ci-après, communément utilisées, ne correspondent pas à la façon dont certains groupes se nomment
eux-mêmes, voire sont jugées péjoratives.
On distingue deux groupes d’origines différentes :
✔️ Les Tsiganes
Originaires de Grèce et d’Europe orientale ayant migré ensuite de l’Inde, ils ont traversé l’Asie et le Moyen-Orient avant d’arriver en Europe au XIVe siècle. Au cours de leurs déplacements, leur culture, langue et mode de vie se sont différenciés, jusqu’à former 3 grandes familles :
– Les Roms ou Tsiganes orientaux réunissent les groupes ayant longtemps séjourné dans les pays de l’Est de l’Europe (Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Slovaquie, Serbie, Kosovo ou Russie). Ils ne peuvent être définis comme des « Gens du voyage » pour deux raisons : ils sont majoritairement de nationalité étrangère et ont un mode de vie traditionnel classique (le choix de vivre en caravane étant lié à des contraintes financières et/ou administratives).
– Les Manouches et Sinti/Sinté regroupent les Tsiganes ayant transité par la France, l’Allemagne, l’Autriche ou l’Italie.
– Les Gitans ou Kalé/Kalo réunissent les Tsiganes ayant longtemps séjourné en Espagne.
✔️ Les Yéniches
De souche européenne, ils ont adopté le mode de vie nomade pour fuir les guerres et les invasions à partir du XVIIe siècle.

Les Tsiganes (hors Roms) et les Yéniches vivant en France sont principalement de nationalité française.
D’autres populations étrangères sont contraintes de vivre en caravane faute d’avoir accès à un logement « classique ». Bien que vivant en campement, elles ne font pas partie des gens du voyage.

LES DIFFÉRENTS MODES DE VIE
Le nomadisme, loin d’être un comportement d’errance, répond à différents besoins qui se cumulent : économiques, familiaux, religieux, historiques.
Au sein de la population des gens du voyage, trois modes de vie coexistent :
✔️ Les nomades sédentarisés : ne se déplacent plus ou qu’exceptionnellement ;
✔️ Les semi-sédentarisés : majoritairement sédentaires pendant l’année, ils se déplacent ponctuellement ;
✔️ Les voyageurs : circulant toute l’année, ils stationnent de quelques jours à plusieurs mois pour des raisons économiques, des évènements familiaux…

Selon les études, on estime que seuls 5 à 20% des gens du voyage sont itinérants.

LES CONDITIONS D’ACCUEIL
La loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage prévoit dans chaque département l’élaboration d’un schéma d’accueil et d’habitat des gens du voyage (SDAHGV), coécrit par l’État et le conseil départemental. Ce schéma, en fonction des besoins constatés, prévoit le nombre, la localisation et la capacité des aires et terrains d’accueil à créer par les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), ainsi que les interventions sociales nécessaires aux populations concernées.

Si l’habitat des personnes sédentarisées est aussi abordé dans le PDALHP, les itinérants relèvent exclusivement du SDAHGV, qui prévoit différentes formes d’accueil et d’habitat :
✔️ Les aires permanentes d’accueil
Destinées aux gens du voyage itinérants, ces aires répondent aux besoins des déplacements réguliers observés dans un secteur ou un territoire.
✔️ Les terrains familiaux locatifs
Destiné aux gens du voyage qui souhaitent disposer d’un ancrage territorial à travers la jouissance d’un lieu stable et privatif, sans pour autant renoncer au voyage une partie de l’année, ce type d’aménagement permet aux gens du voyage en voie de sédentarisation de louer un terrain aménagé pour y habiter durablement avec leurs caravanes.
✔️ Les aires de grand passage
Destinées aux gens du voyage se déplaçant collectivement à l’occasion des rassemblements traditionnels ou occasionnels, ces aires sont réservées aux rassemblements de 50 à 200 caravanes, sur une période de 1 à 3 semaines en moyenne.
✔️ Le logement social adapté, accordé sous conditions de ressources.

À ÉCOUTER

Les Podcast  sur France Culture :

✔️ Sous les radars, « Gens du voyage, éternels indésirables ? », juin 2023

✔️ Les Pieds sur terre, « Gens du voyage, des aires empoisonnées », septembre 2020

✔️ LSD, « Dans l’ombre de l’antitsiganisme », mai 2023

À LIRE

✔️ Rapport du Défenseur des droits – « Gens du voyage » : lever les entraves aux droits, 2021

✔️ L’article Qui sont vraiment les Roms de France ? de Laure CAILLOCE – CNRSlejournal.fr – 18/09/2017

✔️ La publication Les Roms – luttons contre les idées reçues de l’association Romeurope

 

DOSSIER THÉMATIQUE : Mieux connaître les « gens du voyage »
Retour en haut
Facebook
Twitter
LinkedIn