Les 18-25 ans et le 115 : la difficile prise en charge d’un public peu visible

En 2025, le 115 a enregistré 89 044 demandes de mise à l’abri, parmi lesquelles 7 917 concernaient le public âgé de 18 à 25 ans. Ces jeunes demandeurs représentent en réalité 801 personnes différentes soit 11% de l’ensemble du public ayant sollicité le 115. En moyenne, une demande sur 10 concerne un jeune de 18-25ans auprès du 115 en 2025.

Au total, 7 917 demandes ont été enregistrées. Parmi elles,
5 491 sont restées sans solution de mise à l’abri, contre seulement 2 426 ayant abouti à une prise en charge. Ainsi, près de 70 % des demandes n’ont pas pu être satisfaites, ce qui illustre le manque de places disponibles et la difficulté du dispositif à répondre à l’ensemble des besoins, pour ce public.

Elle traduit également un risque accru de précarisation pour les personnes restées sans solution, contraintes de vivre dans des conditions instables ou inadaptées.

L’analyse des profils montre que les couples avec enfant(s) constituent le public le plus majoritaire, avec 2 511 sollicitations. Les femmes seules représentent également une part importante des demandes. Qu’elles soient avec ou sans enfant, elles apparaissent particulièrement vulnérables. Les groupes avec enfant(s) enregistrent eux aussi un nombre élevé de sollicitations et un taux très important de demandes non pourvues. Les couples sans enfant ainsi que les hommes seuls apparaissent parmi les publics les moins pris en charge. Les taux de demandes non satisfaites y sont particulièrement élevés.

Cette répartition montre que les situations familiales influencent fortement l’accès au 115. Malgré une priorité souvent accordée aux ménages avec enfant(s), les capacités du dispositif demeurent insuffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins. Les publics isolés, notamment les hommes seuls, semblent quant à eux davantage exposés au non-recours ou à une prise en charge tardive. Enfin, la forte présence des femmes seules parmi les demandeurs souligne la persistance de vulnérabilités sociales et économiques spécifiques, souvent liées à l’isolement, à la précarité résidentielle ou aux violences subies.

Ces chiffres mettent en évidence une faible représentation du public jeune parmi les appelants du 115, soulevant plusieurs interrogations majeures :

  • pourquoi les jeunes de 18 à 25 ans font-ils peu appel au 115 ?
  • ont-ils connaissance de l’existence et du rôle de ce dispositif ?
  • se tournent-ils vers d’autres formes de « débrouille », ou de dispositifs alternatifs ?

En termes de mise à l’abri, lorsqu’ils sollicitent le 115, les jeunes isolés de 18 à 25 ans se voient principalement orientés vers des solutions d’abri ou d’accueil de nuit. Or, ces dispositifs présentent plusieurs limites :

  • un nombre restreint de structures, insuffisant au regard des besoins.
  • des modalités d’accueil collectives, parfois vécues comme insécurisantes. Ces situations peuvent, dans certains cas, accentuer les problématiques existantes (errance, conduites à risque, rupture du lien avec les institutions).
  • une cohabitation intergénérationnelle pouvant générer des tensions ou raviver des traumatismes.

Ainsi, les solutions proposées ne répondent pas toujours aux besoins spécifiques du public jeune : besoin de repères, d’accompagnement global, de sécurisation progressive et de perspectives d’insertion.

La question de la mise à l’abri des jeunes est bien réelle, toutefois, le faible nombre de sollicitations du 115 par ce public constitue un frein majeur, pour les raisons suivantes :

  • difficulté à produire des données quantitatives significatives,
  • impossibilité de démontrer objectivement l’ampleur des besoins,
  • frein à l’adaptation ou à la création de dispositifs spécifiques.

En l’absence d’un volume d’appels suffisant, il devient complexe de mettre en exergue cette réalité auprès des financeurs et de justifier l’évolution de l’offre.

La faible proportion de jeunes parmi les appelants du 115 ne signifie pas une absence de besoins, mais bien souvent une invisibilisation des situations. Un travail en partenariat avec l’aide sociale à l’enfance ainsi que les dispositifs de veilles sociales semblent nécessaire, voire primordiale, afin de :

  • réaliser un recensement exhaustif des personnes en demande ;
  • analyser leurs besoins spécifiques ;
  • renforcer leur suivi (en effet, seuls 56 d’entre eux avaient une demande d’insertion active).

L’objectif final étant de penser différemment l’accueil et la prise en charge de ce public.

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